Travail du corps


Le corps est l'essence. Je suis fascinée depuis toujours par ce véhicule organique de chair, d'organes, d'os, de peau, de morceaux visibles et invisibles, de cellules constituées de vivant et de mort. Fascinée aussi par le lien, la relation que nous vivons avec notre propre corps.

Cette fascination m'a apporté de multiples expériences humaines et artistiques.

Expérience


Depuis de nombreuses années, la relation que je vis avec mon corps est un voyage. Le lien danse, de manière ambivalente entre contraintes et libertés,  dégoût et beauté,  peurs et  sécurité, dépendances et ouvertures... Il y a la monstruosité et la divinité.

Entre la chair et les émotions, l'organique et les mémoires du corps...

 

 

Ce rapport au corps m'a amené à poser nue, en tant que modèle dans différents milieux artistiques, de mes 14 ans à mes 24 ans.

Dix années de poses durant mon adolescence et mon passage à l'âge adulte m'ont construite, à travers cette expérience singulière et inexplicable. C'est grâce à ma chère amie et à la magnifique artiste Fabienne Péry, que j'ai pu entrer dans ce monde en confiance.

Dessin Dante Cafagno

Photographie Jacqueline Tonney


" La nudité est l'éloquence de la chair"

Daniel Darc

Il y a cet état pensif et passif, à la fois, comme l'abandon de soi-même dans son vêtement le plus pur.

 

Et en même temps, cette présence essentielle au soutien des regards qui observent, créent, dessinent, peignent la moindre ligne de mon corps. La moindre parcelle de peau, mes ombres et mes lumières.

 

 

Eux aussi, se mettent à nu.

 

Photographie Jacqueline Tonney, Charlotte 20 ans

 

 

C'est un rapport où l'on se dévoile différemment.

Ils dévoilent leurs traits, leur sensibilité, leur interne sur du papier.

 

Et moi, je dévoile ma chair.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est un travail statique, immobile, qui se vit dans le silence.

Dessin Anita Lopez



 

L'évidence s'est révélée lorsque j'ai moi-même commencé à enseigner le dessin. Ayant passé des heures et des heures à observer et écouter divers enseignements,  approches et méthodes, j'y ai fait ma récolte et modelé ma manière de voir et de transmettre.

Cela a été exaltant de pouvoir non seulement enseigner, rencontrer l'autre côté, mais également offrir un espace de sécurité et de confiance pour les êtres qui venaient poser nu pour la première fois et qui souhaitaient le vivre comme une expérience à part entière.

Et puis, j'ai rencontré Céline Angèle et Jean Daniel Fricker, qui ont ouvert quelque chose de puissant en moi.

Leur transmission de la danse Butô a radicalement transformé mon lien au corps, qui était déjà présent, mais qui demandait à être nourri autrement. Leur travail continue à faire fleurir mon quotidien. Merci à ces deux artistes et amis formidables.

Jean Daniel, stage à l'Entre Lieu, photo Céline Angèle


Céline Angèle, photo Georges Karam

 

La rencontre avec Ariane Othenin-Girard et son Toucher Thérapeutique m'a permis aussi de vivre mon corps dans le présent, dans la matière et dans le cellulaire. De retrouver des petits bouts de mon âme, de recoller les morceaux. Merci Ariane !

Le travail de recherches de ce corps et de cet espace de la nudité s'est poursuivi avec

ENTRAILLES


Entrailles, c'est la rencontre avec Anne Gerzat, amie de mon enfance. C'est la rencontre entre son regard et mon histoire. Ce sont des années de travail dans des lieux insolites, naturels, abandonnés, industriels... où l'on recherche à déposer le corps et sa nudité. Ce sont aussi dix ans d'écriture, un manuscrit qui ne sera pas publié, mais qui a accompagné ces instants de photographie et qui m'a permis d'avancer.

Photographie Nadir Mokdad

Photographie Anne Gerzat

 M'abandonner. Enfin. Relâcher. Appartenir au tout. Devenir la mousse, devenir la verticalité, devenir le ciel, même.

Photographie Anne Gerzat

Photographie Anne Gerzat

 

 

 

Mais le maintenant. Là, habité. Par la fraîcheur d’une brise nocturne qui caresse mon visage. Par le piquant du froid qui se glisse là où ma peau ne porte pas de vêtements.  Par mes pas, qui poursuivent leur rythme, dans une lenteur sans destination. Qui avancent juste parce que mon corps savoure la sensation de pesanteur.

 

Et par mon regard qui fixe l’horizon, sans chercher à comprendre.

 

 

Le reste, finalement, n’a pas d’importance.


Photographie Anne Gerzat


Comme une obsession, gravée, au plus profond de moi. Tout est monté trop vite mais tout est si lent. L’irrésistible en devient insupportable.

Photographie Anne Gerzat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’en suis incapable, puisque vous me tenez enchaînée, toi et tes masques. Mais toi, tu n’existes même pas. Il n’y a qu’eux pour te cacher à la face des autres. Tout me ramène inévitablement à toi et à moi. A qui j’ose être ou ne pas être. Au fait que tous mes gestes et mes mots sont muselés, jugés, humiliés, dirigés.

 

 

Je suis devenue ton esclave.


Photographie Anne Gerzat


Photographie Anne Gerzat

 

 

 

 

 

 

Traversée. Crépuscule. Ouvrir. Bleu océan. Merci.


Photographie Anne Gerzat

Photographie Anne Gerzat

Ne pas oublier que la plus grande de mes forces, c’est ma fragilité.
Ne pas oublier que la solitude n’est faite que de moi.
Ne pas oublier.

Photographie Anne Gerzat

 

 

Puis, elle attendit longtemps à ses côtés. Très longtemps. Dans le silence.

Photographie Anne Gerzat

Les premières plumes sont déjà en train de pousser.

Photographie Anne Gerzat